Vous avez signé votre contrat il y a trois semaines. Vous commencez à mettre des prénoms sur les visages, à comprendre qui décide de quoi. Et voilà que votre manager annonce, en fin de réunion : « Séminaire d’équipe le 14, toute la journée, hors du bureau. » Pour un nouvel arrivant, cette journée est à la fois une chance et un exercice délicat.
Une chance, parce qu’aucun autre moment ne vous donnera accès à autant de collègues, aussi disponibles, en si peu de temps. Un exercice délicat, parce que vous y serez observé autant que vous observerez, et que les codes d’un séminaire ne figurent dans aucun livret d’accueil.
Ce qu’une journée de séminaire révèle de l’entreprise
Considérez d’abord cette journée comme une source d’information. La manière dont le programme est construit en dit long. Une succession de présentations descendantes trahit une culture où l’on informe plus qu’on ne consulte. Des ateliers où l’on demande réellement l’avis des équipes, avec une restitution suivie d’effets, signalent l’inverse.
Observez qui prend la parole, qui la coupe, comment se règlent les désaccords. Repérez les personnes que tout le monde écoute, même lorsqu’elles n’ont pas de titre particulier : ce sont souvent elles qui vous aideront le plus dans les mois à venir. Rien de tout cela n’apparaît dans l’organigramme qu’on vous a remis à l’arrivée.
Soyez attentif, aussi, à ce qui n’est pas abordé. Un projet dont tout le monde parle à la machine à café mais qui ne figure nulle part au programme, une équipe absente sans explication, une question éludée en séance : ces silences vous renseignent sur les sujets sensibles mieux qu’aucune conversation d’accueil. Notez-les pour vous, sans les commenter à voix haute.
En atelier, trouver la bonne place
Le regard neuf d’un nouvel arrivant est précieux, et la plupart des managers le savent. Encore faut-il le formuler avec tact. Une question sincère passe toujours mieux qu’une proposition de refonte. « Pourquoi ce reporting est-il hebdomadaire ? » sera entendu. « Il faudrait revoir tout le reporting » risque de froisser la personne qui l’a conçu, peut-être assise à côté de vous.
N’essayez pas non plus de vous effacer complètement. Un nouvel arrivant qui ne dit rien de la journée laisse une impression floue. Une ou deux interventions pertinentes suffisent, de préférence sur un sujet que vous maîtrisez grâce à votre parcours précédent.
Il arrive qu’on confie au nouveau la restitution d’un atelier, précisément parce qu’il n’a pas encore d’opinion arrêtée. Acceptez. C’est une occasion rare de prendre la parole devant tout le monde sur un contenu qui n’est pas le vôtre, donc sans risque. Restituez fidèlement ce que le groupe a dit, y compris les désaccords, et laissez aux autres le soin de les commenter.
Les pauses et le déjeuner pèsent autant que l’ordre du jour
C’est souvent là que tout se joue pour vous. Les organisateurs le savent bien : quand ils cherchent un lieu pour un séminaire d’équipe, ils regardent la salle du déjeuner, les terrasses et les espaces de pause avec autant d’attention que la salle de travail. Ces moments informels sont prévus pour que les gens se parlent. Profitez-en.
Concrètement, évitez de vous asseoir à table à côté des deux seules personnes que vous connaissez déjà. Allez vers une autre équipe, présentez-vous en une phrase, posez une question sur leur travail. Rangez votre téléphone pendant les pauses : consulter ses mails en solitaire au milieu d’un groupe qui discute envoie un signal que vous ne souhaitez pas envoyer.
Préparez aussi deux ou trois questions ouvertes pour les collègues que vous croisez peu. « Sur quel projet passez-vous le plus de temps en ce moment ? » ouvre plus de portes qu’un commentaire sur la météo.
Et si l’on vous demande de vous présenter ?
Cela arrive presque toujours, souvent sans prévenir. Préparez une présentation d’une minute, pas davantage : votre prénom et votre poste, votre parcours en une phrase, ce qui vous a frappé depuis votre arrivée, ce que vous avez envie d’apprendre des personnes présentes.
Évitez le récital de CV, qui crée une distance immédiate, et l’humour forcé, qui tombe à plat devant un groupe qu’on ne connaît pas encore. Le ton juste est celui d’une conversation, pas d’un entretien d’embauche rejoué devant toute l’équipe.
Le lendemain, trois lignes qui comptent
Le séminaire terminé, beaucoup de nouveaux arrivants reprennent leurs dossiers comme si de rien n’était. C’est dommage. Vous venez d’accumuler en une journée plus d’informations sur l’entreprise qu’en trois semaines de bureau.
Le lendemain matin, envoyez un court message à votre manager : deux choses que vous avez apprises pendant la journée, une question qui vous reste. Trois lignes suffisent. Peu de nouveaux arrivants le font, et c’est précisément ce qui rend ce message utile.
